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CLINIC ZONES

Annonce


 L’OBSCUR

PRÉSENT

 

 

Intervenants

Michèle Duffau – Marie-France Basquin – Mayette Viltard  Marie Jardin   Françoise Jandrot – Luc Parisel – Xavier Leconte Julio Barrera-Oro   Ninette Succab – Marie-Magdeleine Lessana Colette Piquet – Rosine Liénard – Anne Marie Ringenbach  Anne-Marie Vanhove – François Dachet – Claude Mercier – Jean-Hervé Paquot

 

Argument


Chers amis
Les Clinic Zones auront lieu à Paris les 5 et 6 novembre, à l’Hôtel Holiday Inn, 79 avenue du Maine, Paris 14, le samedi de 9h à 18h et le dimanche de 9h30 à 16h.
Vous trouverez en PDF joint le flyer de la session,
cliquez ici.

 

Janvier 2005 Beatriz@war. 

Lʼaccès des subalternes aux technologies de production de savoir, le déplacement du sujet de lʼénonciation scientifique, génèrent une rupture épistémologique. En 1976, Foucault identifie cette rupture et la nomme « retour des savoirs assujettis ». Cʼest la nuit des morts-vivants de la connaissance. Ceux qui avaient été produits jusquʼà maintenant comme objets de lʼexpertise médicale, psychiatrique, anthropologique ou coloniale, les subalternes, les anormaux vont réclamer progressivement la production dʼun savoir local, un savoir sur eux-mêmes qui questionne le savoir hégémonique. Cʼest un processus de friabilité générale des sols, un effondrement opéré par la multiplicité des critiques discontinues et particulières ou locales. Codes des genres, variations des sexes, identités sexuelles, morphologies corporelles, techniques de management des affects, franges entières du temps dédiées à la relation et à lʼattention au vivant deviennent propriétés à lʼintérieur des régimes régulateurs du Supercapitalisme. Travail techno-discursif des sciences pour reproduire la matérialité du vivant dans le circuit Sexe-Capital. Et les        « psy » sont convoqués pour activement transformer les savoirs subjugués en production de              « subalternité ». Cʼest ça la biopolitique du corps postmoderne.

Novembre 2016. 

Foucault a montré la relation indissoluble quʼil y a entre la mise au travail des populations, la mise en place des conduites, et le grand Renfermement. On peut lire, dans Histoire de la folie : « On pourrait faire une histoire des limites – de ces gestes obscurs, nécessairement oubliés dès quʼaccomplis, par lesquels une culture rejette quelque chose qui sera pour elle lʼExtérieur ; et tout au long de son histoire, ce vide creusé, cet espace blanc par lequel elle sʼisole la désigne tout autant que ses valeurs ». Mais ce geste dʼ« exclusion », fondateur des conditions de la modernité en Occident, nʼest pas ce qui sʼoppose à lʼintégration et ses normes, il est le signe du partage du vivant humain, un versant destiné à la production, lʼautre, irréductible, ingouvernable, recueilli par lʼhôpital, lʼAsile, le Bagne, la Prison. Gestes obscurs sur les lignes de partage. Il est difficile dʼaccepter ces partages, rappelle Mathieu Potte-Bonneville, dans Foucault lʼinquiétude de lʼhistoire, en se référant au si beau Raymond Roussel, de Foucault :   « Les choses forment un tissu sans coutures ».

Aujourdʼhui, les asiles nʼont plus de murs. Depuis déjà longtemps, il nʼy a plus de Sans Domicile Fixe, il y a les gens de la rue, la rue, cʼest lʼasile. On nʼest plus errant, on habite dans la rue, parfois dans des camps. Mais comme sʼest si bien exclamé le maire de Béziers : « Ça y est ! Ils arrivent » ! Pensons à Deleuze : « Si les nomades nous ont tant intéressés, cʼest parce quʼils ont un devenir et ne font pas partie de lʼhistoire ; ils en sont exclus mais se métamorphosent pour réapparaître autrement, sous des formes inattendues, dans les lignes de fuite du champ social ». Trans dʼun nouveau genre, ils trans/site dans les interstices des binarités, trans de trans/versal et non de trans/gression, ils ne cherchent pas à traverser les frontières, ils les pervertissent. Lʼasile peuplé de ses demandeurs sʼest déplacé aux frontières, devenues non pas des murs à traverser, mais des zones dʼattentes. Le vocabulaire a changé. Exilés, réfugiés, clandestins, étrangers, subalternes, indésirables, exclus, autant de dénominations qui nʼont plus lieu dʼêtre. Les migrants ne sont pas plus des personnes quʼune masse, ce sont des flux, des corps subalternes en trop, devenus incomptables, des flux qui ne peuvent sʼindividuer. Ces « flux migratoires » affolent les discours des gouvernants, discours obsolètes à peine prononcés, désinsérés de toute réalité, non crédibles, discrédités à peine entendus. Comme dans Land of the dead, les limites sont devenues troubles. Hommes-oiseaux migrateurs, zombies, vampires, ni le camp, ni les containers, ni les caissons, ni les ghettos, ne les localisent. Ils vivent dans des jungles, entourées de gigantesques zoos nationaux de citoyens gérés pas la raison (dʼétat) et les contrats internationaux. « Le » migrant joue, dans lʼexercice du biopouvoir, le rôle que « Le » fou du XVIIe siècle a joué dans le pouvoir moderne émergent. Les travailleurs sociaux sont réquisitionnés pour accomplir un travail sécuritaire, enfermer la jungle. Les migrants sont devenus une obsession, comme les méfaits des sorcières ont obsédé un certain XVIe siècle. Ils résistent à toutes les raisons, ils engagent « notre » existence collective dans la dimension de lʼidentité, de la subjectivité, et du présent. Migrants est un nom de code de ce qui brouille le jeu de lʼun et de lʼautre et destitue ce partage sous toutes ses formes sensibles.

Starhawk 

Starhawk cherche à « fabriquer de lʼespoir au bord du gouffre ». Créer une vision, donner corps, par la fiction, à lʼobscur. Il sʼagit de « rêver lʼobscur comme processus, changement, devenir, pour créer une nouvelle image de lʼobscur. Car lʼobscur nous crée ». Starhawk invente une machine à langage, comme Raymond Roussel. Nous devons mettre dans notre bouche des mots qui font mal, comme Sorcière, Déesse, Néo-païenne, Écoféministe, des mots qui se prononcent au féminin, quel que soit le sexe de celui qui parle, une façon dʼêtre genré au féminin, de rendre possible dʼêtre témoin modeste. Nous devons aussi utiliser des mots inusités, Spiral dance, Action directe, Production de douleur, Soin, Pouvoir du dedans, etc.      « Nous avons besoin dʼune éthique et dʼune foi, ce qui fait rire les idiots. Ce nʼest pas un besoin de croire à autre chose, mais un besoin de croire à ce monde-ci, dont les idiots font partie ». (Deleuze, Cinéma 2). Quʼest-ce que cʼest que dʼêtre écoféministe, dans une nouvelle ère ? L’Homme est devenu une force géologique capable de modifier le cours des fleuves, les courants des océans, le climat et l’ensemble des éléments. Trois thèses prédominent. La première fait démarrer l’anthropocène au néolithique, avec les débuts de l’agriculture et de l’élevage, il y a 9 000 ans. Une deuxième considère plutôt la révolution industrielle du milieu du XIXe siècle comme point de départ. Mais c’est la troisième qui est défendue par les experts réunis au Cap (Afrique du Sud) le 29 août 2016 à l’occasion du 35ème Congrès international de stratigraphie : le 16 juillet 1945, lʼexplosion de la première bombe atomique de l’histoire, dans le désert du Nouveau-Mexique, a dispersé les éléments radioactifs autour de la planète.

Les flux ? Starhawk sʼen sert sans effroi. Elle élabore que le sexe, dans la pensée magique, est un échange de pouvoir sous la forme dʼun flux dʼénergie qui coule entre deux êtres, une polarité sur le mode dʼun générateur dʼénergie, indépendamment du genre. Elle est en bonne compagnie, on pense à Salman Rushdie : « Quand il advient – tous les quelques siècles – que se brisent les sceaux cosmiques, le monde des jinns et celui des hommes entrent momentanément en contact. Sous apparence humaine, les jinns excursionnent alors sur notre planète, fascinés par nos désirables extravagances et lassés de leurs sempiternels accouplements sans plaisir ». (Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits). Ou Lacan : « Impossible dʼécrire la relation sexuelle entre deux corps de sexe différent. Cʼest par là que se fait lʼouverture par quoi cʼest le monde qui vient à nous faire son partenaire ». (Encore)

Émergence dʼun nouveau discours ? Dʼune nouvelle ère ? De nouveaux devenirs ? Dʼune nouvelle perversion?

Mme Turkell – Comment articuleriez-vous lʼidée que la psychanalyse aspire au statut de science avec ce que vous en avez dit comme épidémie ? En un sens, cʼest un phénomène social…

Lacan – Une épidémie nʼest pas un phénomène social, du moins pas dans le cas de la science.

Mme Turkell – Quʼest-ce quʼune épidémie scientifique ?

Lacan – Cʼest quand quelque chose est pris comme une simple émergence, alors que cʼest en fait une rupture radicale. Cʼest un événement historique qui sʼest propagé et qui a grandement influencé la conception de ce quʼon appelle univers, qui en soi-même a une base très étroite, sauf dans lʼimaginaire. 24 novembre 1975 Yale University. 

 

INSCRIPTION


Horaires : sur place à partir 9h

Adresse : 110 boulevard Raspail 75006 Paris

Contact : cliniczones@wanadoo.fr

Formation permanente 275€.
A titre individuel 100€.
Tarif réduit 50€
Direction et coordination : Mayette Viltard, Anne-Marie Ringenbach

 

QUELQUES RÉFÉRENCES DE LIVRES


PETITE BIBLIOGRAPHIE POUR CETTE SESSION

Michel Foucault, Il faut défendre la société, Cours du 7 janvier 1976. Seuil.
– Sécutité, Territoire, Population, Seuil.
Donna Haraway, Situated Knowledges. The Science Question in Feminism as a Site of Discourse on the Privilege of Partial Perspective, 1988. voir biblio générale.
– “Jeux de ficelles avec les espèces compagnes: rester avec le trouble”. in Les animaux: deux ou trois choses que nous savons d’eux. Colloque de Cerisy juillet 2010, Paris, Hermann Editeurs, 2014.

René Schérer, Zeus hospitalier, La Table ronde, 2005.
– Hospitalités, Anthropos Economica, 2004.
Alain Brossat, Autochtone, imaginaire, étranger, imaginé, Éditions du souffle, 2012.
Martine Lefeuvre-Déotte dir., Des corps subalternes. Migrations, expériences, récits, Esthétiques, coll. Esthétiques, Lʼharmattan, 2012.
Gilles Deleuze, Pourparlers, Minuit, 1990.
Salman Rushdie, Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits, Actes Sud, 2016.
Tony Duvert, Les petits métiers, fata morgana, 1978.
Isabelle Stengers, Penser avec Whitehead. Une libre et sauvage création de concepts, Seuil, coll. L’Ordre philosophique, 2002.
Isabelle Stengers, Au temps des catastrophes, résister à la barbarie qui vient, La Découverte, 2009. Félix Guattari, Les 3 écologies, Galilée, 1989.

 

Conte d’automne

Jean-Marc rêvait d’aller Ailleurs. Chez Vinci, pour tout dire. Un jour, n’y tenant plus, il prit sa charrette et partit. Perspective accablante. On alla chercher Tony Duvert, qui connaissait le petit métier de bâtonneur de roue. Il en vint 40000, qui marchèrent sur le chemin de Notre-Dame des Landes. Ils composèrent le chant des bâtons, ils dansèrent la danse des bâtons, ils mirent des bâtons dans les roues. Tout en simulant de protester, Jean-Marc alors, se mit à pleurer de joie secrète : il était sauvé. Il rentra doucement au village, et tous les habitants vinrent l’accueillir.

 

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