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Clinic Zones 2015 – 2016

Notice


Cercles et lignes de sorcières

 

 

12 et 13 décembre 2015

Clinic Zones Paris – Si tu racontes l’horreur sans recréer l’obscur, tu l’alimentes

Hôtel Holiday Inn, avenue du Maine 75014 – Paris

19 et 20 mars 2016

Clinic Zones Paris – L’efficience des sorcières néopaïennes

Hôtel Holiday Inn, avenue du Maine 75014 – Paris

4 et 5 juin 2016

Clinic Zones La Ciotat – Les ruses du signe coyote

Hôtel du Vieux Port Best Western
252, quai François Mitterrand – 13 600 – La Ciotat

 

SPEAKERS


Michèle Duffau

Marie-France Basquin

Mayette Viltard

Françoise Jandrot

Luc Parisel

Xavier Leconte

Marie-Magdeleine Lessana

Rosine Liénard

Anne Marie Ringenbach

Anne-Marie Vanhove

François Dachet

Ninette Succab

Claude Mercier

Jean-Hervé Paquot

Colette Piquet

Marie Jardin

Argument


Que la plupart d’entre nous ne sachent pas que les sorcières néopaïennes existent aujourd’hui fait partie de la question : ce dont on ne parle pas n’existe pas. Nous avons choisi, cette année, de nous attacher à ce que met en jeu le livre, retraduit en 2015, de Starhawk, Femmes, magie et politique.

Les psychanalystes freudiens s’étaient naguère évertués à garder inédits les textes de Freud sur l’occulte. Les psychanalystes lacanien ne font sans doute pas mieux. La psychanalyse n’est pas une science. La volonté de faire science est autre chose, et nécessite, entre autres choses, de défaire l’image de la science comme victoire de la raison contre l’opinion. Ce qu’Isabelle Stengers appelle  « le coup de génie de Freud » est d’avoir « supprimé tous les garde-fous », et « le coup du maître de Lacan » d’avoir osé larguer les amarres qui attachaient la psychanalyse freudienne à une référence scientifique, « la machine lacanienne a réussi à capturer et à mettre en branle les thèmes les plus angoissants de la pensée occidentale, ceux qui disent la vanité du tout savoir positif».

Après avoir manié obstinement le plan projectif jusqu’à donner l’illusion qu’il vient d’en extraire une répresentation de l’objet a, Lacan prend la précaution de terminer son séminaire L’identification par un appel au trio Blanchot, Bataille, Klossowski. Et il remercie, de façon charmante et acidulée Lévi-Strauss de son apport sur l’efficacité structuraliste en parlant de   « l’effort merveilleux, par son côté désespéré, que fait Claude Lévi-Strauss pour homogénéiser le discours qu’il appelle de la magie avec le discours de la science » (28 nov 1962). Seulement, ce que Lacan appelle à ce moment-là   « le cosmisme de l’objet » va lui donner du fil à retordre, le fils des nœuds, pas si éloigné de la ficelle du cat’s cradle de Donna Haraway, « le rond de ficelle est la plus éminente représentation de l’Un en ce sens qu’il n’enferme qu’un trou ». Or, « l’Un engendre la science ». (Encore)

Starhawk nous parle de l’efficacité magique. Sur l’efficacité symbolique, Lacan a été clair, dans «Science et vérité» : «L’efficacité symbolique est une opération concevable sous le même mode où elle a été conçue. Le structuralisme appliqué au signifiant est une réduction qui néglige le sujet ». Il faut bien considérer alors la question de la magie : « le sujet chamanisant, en chair et en os, fait partie de la nature, et le sujet corrélatif de l’opération a à se recouper dans ce rapport corporel ».     « La prétendue pensée magique qui est toujours celle de l’autre n’est pas un stigmate dont vous puissiez épingler l’autre ; elle est aussi valable chez votre prochain qu’en vous-même dans les limites les plus communes ; elle est au principe de la moindre transmission d’ordre. Pour tout dire le recours à la pensée magique n’explique rien. Ce qu’il s’agit d’expliquer c’est son efficience ».

L’efficience de la magie, Starhawk l’expérimente chaque jour, avec des pratiques, des rituels, des   récits qui conviennent. «Parler de magie n’est pas réductible à une métaphore. Car ce qui compte est la manière dont les mots agissent» écrit Isabelle Stengers dans sa postface à Rêver l’obscur.        « Si tu racontes l’horreur sans recréer l’obscur, tu l’alimentes. Son terreau reste le même » écrit Starhawk. Il s’agit de « rêver l’obscur comme processus, changement, devenir, pour créer une nouvelle image de l’obscur. Car l’obscur nous crée ». Et l’angoisse guette. S’il faut chaque fois colmater les aberrations du mouvement, qu’est-ce qui nous dit que le temps sauvage ne va pas renverser tout ? disait Deleuze dans un de ses cours, évoquant les sorcières de Shakespeare. Elles sont encore là, les sorcières, après Seattle, à l’heure de COP21. On ne se débarrasse pas des sorcières, malgré tous les impérialismes de la mise à distance. « Les technologies militaires sont connectées avec le viol, le génocide, l’impérialisme, la famine, l’absence de domicile, l’empoisonnement de l’environnement» , dit Starhawk. On croirait lire les « Propositions sur la mort de Dieu » de Bataille dans Acéphale, ou Félix Guattari dans Les trois écologies.

On pourrait évoquer Michaux et sa Connaissance par les gouffres, mais Starhawk propose une autre pratique que celle de la drogue, elle cherche à « fabriquer de l’espoir au bord du gouffre ». Créer une vision, donner corps, par la fiction, à l’obscur. Seulement, il est difficile de fabuler, de produire des récits. La science-fiction écoféministe a pris son essor. Privilégier une perspective partielle, comme le soutient Donna Haraway, c’est ce qu’ont toujours fait les femmes sorcières. Elles ont été expropriées des terres, expropriées de la connaissance, ont subi la guerre contre l’immanence. Elles sont toujours là, – savoirs situés, déesse et cyborg, enfants sorciers, savoirs   vampires, devenir-animal, groupes-sujet, etc.–, et les bûchers sont toujours allumés, « si on écoute la radio, on peut entendre le crépitement des flammes à chaque bulletin d’information » écrit Starhawk. Starhawk cherche à créer des rites qui apprennent le plus difficile, non pas donner, mais prendre, il ne s’agit pas d’expérience sacrificielle, d’abolition de l’ego, de don de soi, mais bien de s’inscrire dans un savoir défait. Se nommer sorcières fait partie de cet apprentissage.

Pour pratiquer la perspective partielle féministe sans tomber dans un naturalisme du sexe, ou la complémentarité jungienne d’anima et animus, Starhawk a un guide, non pas les « il ou elle », mais les « il/elle » des Guérillères de Monique Wittig. Dans Encore, Lacan dira qu’ « il y a chez la femme quelque chose qui échappe au discours ». Trop facile d’identifier le Dieu et la Déesse à des rôles sexuels, et Starhawk consacre une large part à la discussion du mythe de Koré et Perséphone. Elle élabore que le sexe, dans la pensée magique, est un échange de pouvoir sous la forme d’un flux d’énergie qui coule entre deux êtres, une polarité sur le mode d’un générateur d’énergie, indépendamment du genre. Lacan, depuis «Science et vérité», soutient que «la magie   est toujours sexuelle», et ce, jusqu’à des élaborations plus complexes dans Encore par exemple   « je parle avec mon corps, et ceci sans le savoir. […] Impossible d’écrire la relation sexuelle entre deux corps de sexe différent. C’est par là que se fait l’ouverture par quoi c’est le monde qui vient à nous faire son partenaire ».

« Défaire par la parole ce qui s’est fait par la parole », Lacan émet ce vœu, ce Wunsch. Mais le Wunsch, voilà qu’il déclare qu’il est « entre » demande et désir… (Ouverture section clinique 5-1-77), et d’ajouter, un peu plus tard : « Wunsch, un souhait, qui s’adresse à qui ? Dès qu’on veut le dire, on est forcé de supposer qu’il y a un interlocuteur, et à partir de là, on est dans la magie. Ce qui fait le vrai et ce qui fait le faux, c’est le poids de l’analyste ». Est-ce à dire que le psychanalyste, dans le meilleur des cas, agit en néo-chaman ?

REGISTRATION


Horaires : sur place à partir 9h

Tarif : droit d’entrée de 10€

Adresse : 110 boulevard Raspail 75006 Paris

Contact : cliniczones@wanadoo.fr

Formation permanente 275€.
A titre individuel 100€.
Tarif réduit 50€
Direction et coordination : Mayette Viltard, Anne-Marie Ringenbach

 

SOME BOOKS REFERENCES


Starhawk, Rêver l’obscur, femmes, magie et politique, préface Émilie Hache, postface Isabelle Stengers, éditions Cambourakis, collection Sorcières, Paris, 2015.

bell hooks, Ne suis-je pas une femme ? Femmes noires et féminisme, éditions Cambourakis, collection Sorcières, Paris, 2015.

Barbara Ehrenreich, Deirdre English, Sorcières, sages-femmes & infirmières, Une histoirE des femmes soignantes, éditions Cambourakis, collection Sorcières, Paris, 2014.

Silvia Federici, Caliban et la sorcière, femmes, corps, et accumulation primitive, Marseille Senonevero et Genève-Paris,Entremonde, 2014.

L’infanticide, collectif, Cambourakis, à paraître.

Fabienne Dumont, Des sorcières comme les autres, Artistes et féministes dans la France des années 1970, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014.

Anne Querrien, Monique Selim, La libération des femmes, une plus-value mondiale, Paris L’harmattan, 2015.

Tiqqun, Premiers matériaux pour une théorie de la jeune fille, Paris, Mille et une nuits, 2001.

Deleuze & Guattari, L’anti-œdipe, et Mille plateaux, capitalisme et schizophrénie, I et II, Paris, Minuit.

– Qu’est-ce que la philosophie ? Paris Minuit,

Félix Guattari, Qu’est-ce que l’écosophie (textes réunis et présentés par Stéphane Nadaud), Éditions Lignes, 2014

Barbara Glowczewski, Rêves en colère avec les aborigènes australiens, Plon, 2004.

Bruno Latour, Sur le culte moderne des dieux faitiches, suivi de Iconoclash, Les empêcheurs de penser en rond/La découverte, Paris, 2009.

Isabelle Stengers, Souviens-toi que je suis Médée, Les empêcheurs de penser en rond, 1993.

– La volonté de faire science. À propos de la psychanalyse, Paris, Les Empêcheurs de penser en rond, 1992.

– Cosmopolitiques, en 7 volumes : La guerre des sciences ; L’invention de la mécanique ; Thermodynamique : la réalité physique en crise ; Mécanique quantique : la fin du rêve ; Au nom de la flèche de temps : le défi de Prigogine ; La vie et l’artifice : visages de l’émergence ; Pour en finir avec la tolérance, Paris, La Découverte/Les Empêcheurs de penser en rond, 1997 (réédition Paris, La Découverte, 2003).