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Voix haute/Voix basse

Atelier


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14 Janvier 2019 - Nantes

Prenons comme exemple le premier d’entre tous les textes littéraires pour les sociétés occidentales, le poème d’Homère. Philippe Brunet écrit dans son introduction à l’Iliade dont il est traducteur : « Tout en formulant ses valeurs… l’Iliade donne le ton, avec sa voix rythmée, une voix qui n’est pas seulement un moyen d’expression, mais la matière vivante elle-même où consiste l’éternité du héros. Les Grecs n’ont pas besoin de bible, parce qu’ils ont la voix dans le poème d’Homère. Troie, dont le destin est d’être prise, demeure indestructible avec ses remparts qui se dressent à jamais dans les hexamètres de l’Iliade. [1]»

Écartons ce qui a trait à l’origine, à la nature de l’épopée, à l’idée d’éternité, ces attributs faisant écran à notre visée. Ou plutôt, sont-ils utiles pour saisir une autre réalité qui est de notre intérêt ici, qui est l’unicité de cette « voix », dans son irréductibilité à toute autre. Une voix, au sens où l’on dit la voix du poème, dans le poème, n’est pas, comme le signifiant, inscriptible dans un système d’opposition. Elle ne se mesure pas non plus, malgré la  versification. Toute description ne peut que l’indiquer, et jamais atteindre pas les mots son réel.

L’atelier n’a pas pour but de retrouver des voix disparues mais d’approcher au-delà même du style, non seulement d’un écrivain, mais sans doute d’un quiconque, ce qui fait de sa voix une chose à part, non pas inimitable, parce que de temps en temps, elle est féconde et aspire les imitations, dirions-nous que dans certains cas, elle est une voix-maîtresse, pour plagier le signifiant maître de Jacques Lacan.

On sait que l’Iliade et l’Odyssée furent écrites, portées, colportées par un collectif d’aèdes : ce n’est pas sans lien analogique avec le projet d’atelier : un collectif, libre de ses choix, s’attèle à porter d’un même mouvement, une voix singulière. L’an passé, ce furent surtout – pourquoi encore – Marguerite Duras et Lacan.

Ce qui est étonnant, au cours de l’expérience,  est que le texte choit, se brise et se relève en écho dans les diverses métamorphoses, dans les ratés de lecture, les balbutiements, les rires et dans ses parodies. Des diffractions s’opèrent dans les voix multiples que chaque répétiteur écarte ou enchaîne dans sa chair pour émettre ce qui sera sa propre voix avec ses vibrations. C’est donc non seulement, à partir des voix de chacun des présents dans le collectif mais aussi des voix entendues (celles des rêves) celles des absents qui les hantent inconsciemment dans l’acte de répétition, qu’un texte commun (un ton, l’écho de la voix du poème) prend son relief et se détache des voix réelles.

Il est peut-être juste de rajouter, si Freud disait à propos du transfert dans la cure que « nul ne peut être tué in absentia ou in effigie », que la voix, son rythme, le ton, ont une partie majeure à jouer dans ce qui s’expérimente du rapport corporel au dire dans une cure.

Yves Arcaix, comédien, metteur en scène nous accompagne à nouveau. Qu’il soit remercié ici.

Nantes, Maison des associations, 42 rue des Hauts-pavés, salle B, premier étage, au fond de la cour d’accueil, chemin à droitepuis tourner à gauche.

Participation aux frais.

Contacts :   ELPsychanalyseNantes@free.fr

Illustration : Anish Kapoor. Cercle rouge.

[1] Homère. L’Iliade. Traduction et introduction par Philippe Brunet, Seuil, Paris, 2010. Philippe Brunet est venu à Nantes dire le texte de l’Iliade, avec sa lyre. Il accompagnait Philippe Forest qui présentait son livre : Beaucoup de jours. D’après Ulysses de James Joyce, au Lieu unique à Nantes. Voir sur You tube, Philippe Brunet, « Homère, c’est la voix. »

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