Photo_Fond

« Que serait une transphobie d’orientation lacanienne ? » et « Plaidoyer pour une certaine in/humanité dégenérée. Ou : Il n’y a pas de rapport sexuel parce qu’il n’y a pas du sexuel » 

Séminaire / Intervention


Prochaine date

24 Janvier 2026 - Paris

Séminaire proposé par Jaime Ruíz Noé

suivi d’une intervention par Fernando Barrios

Toutes les dates


  • 24 Janvier 2026

    25 Janvier 2026

Argument


« Que serait une transphobie d’orientation lacanienne ? »

Séminaire proposé par Jaime Ruíz Noé

suivi d’une intervention par Fernando Barrios

« Plaidoyer pour une certaine in/humanité dégenérée.
Ou : Il n’y a pas de rapport sexuel parce qu’il n’y a pas du sexuel » 

Dates : 24 et 25 janvier 2026

Lieu : 212 avenue du Maine, 75014 Paris, Digicode 224A7, interphone 46, 2ème étage

Programme :

Samedi 24 janvier
9h00 – Accueil
9h30 – Début du séminaire
12h15 – Pause déjeuner
14h00 – Poursuite du séminaire
17h00 – Fin de la journée

Dimanche 25 janvier
9h30 – Accueil
10h00 – Poursuite du séminaire
12h15 – Pause déjeuner
14h00 – Poursuite du séminaire
15h00 – Pause
15h30 – Intervention de Fernando Barrios
17h00 – Fin de la journée

Participation financière souhaitée :  60 €

Crédits de l’image : Wingsdomain Art and Photography 2021

§

 

Que serait une transphobie d’orientation lacanienne ?

Séminaire proposé par
Jaime Ruíz Noé

Le 23 novembre 2003, à Paris, l’École lacanienne de psychanalyse (Elp) et le Centre d’aide, de recherche et d’information sur la transsexualité et l’identité de genre (Caritig) ont organisé une journée d’étude à l’occasion de la parution en français du livre de Patrick Califia, Le Mouvement transgenre : changer de sexe. L’un des thèmes discutés fut posé sous forme de question : « Les psy sont-ils transphobes ? » À cette interrogation, Sam Bourcier répondit sans détour, dès l’entame de son intervention : « Évidemment, et c’est la faute de Lacan. »

Tout de suite, Bourcier a opéré un zap : une action ciblée contre les expertises proférées par certains psychanalystes à l’encontre des personnes trans. Caricaturant le discours « psy », il décrit le syndrome CTLPHF (Contre-Trans Lacanien Pré-féministe Hétéro-Fétichiste), qui affecterait « plus particulièrement les lacaniens » et qui « repose sur deux dénis principaux : la forclusion du nom de Lacan et le déni de leur militance hétérocentrique pour faire valoir leur délire de la différence sexuelle comme nature ». Ainsi, Bourcier préfigurait le discours que Paul B. Preciado adresserait, près de quinze ans plus tard, à cette « académie » de psychanalystes incarnée par les membres de l’École de la Cause freudienne.

Certains des participants à cette rencontre de 2003 ont fini par admettre que la honte avait changé de camp. Désormais, c’étaient les psychanalystes — pas tous — qui pouvaient se sentir gênés et honteux face aux paroles qui leur étaient adressées. Dans un texte ultérieur, intitulée « Couverts de honte », Jean Allouch a souligné que ceux qui avaient souffert de la « pastorale lacanienne » pouvaient aisément qualifier de « transphobes » les auteurs de tels préjudices. « Mais “transphobe”, qu’est-ce à dire ? » s’est-il interrogé. « Pour répondre, prolongeons la singerie et nous en remettant à la théorie : cela revient à indiquer qu’il n’est pas, cet expert, castré. »

La singerie ne se limite pas à cet aspect d’imitation, elle peut également désigner un genre pictural représentant des singes imitant des comportements humains, ou plus largement une imitation moqueuse à visée satirique mais aussi critique. En prolongeant cette singerie, Allouch ne se limitait pas uniquement à parler de « transphobie » dans l’acception la plus courante de ce terme (comme une aversion ou un rejet envers les personnes trans), mais il l’a référée, en particulier, à une castration qui n’aurait pas eu lieu. En s’appuyant de cette façon-là sur la théorie — chose rare chez lui —, Allouch aurait-il mis en évidence l’existence d’une transphobie d’orientation lacanienne ?

Déjà dans d’autres passages textuels, Allouch s’est référé aux « élucubrations théoriques » que certains élèves de Lacan ont produites sur la transsexualité. Des élucubrations qui, malgré quelques nuances, ne différaient pas tellement sur le fond. Se pourrait-il que ces élucubrations théoriques, issues de l’intérieur de la psychanalyse lacanienne, aient servi de fondement à une transphobie d’orientation lacanienne ? Si tel est le cas, qu’est-ce qui, dans l’enseignement de Lacan, a été mis en jeu ? Et, en dernière instance, est-il vrai que Lacan porte la faute (ainsi signalée par Bourcier) de la non-réception, voire du rejet du trans dans le champ freudien ?

Ce séminaire ne vise pas à forger un nouveau savoir sur la question trans, que l’on prétendrait plus juste ou plus trans-friendly, mais à déconstruire les prétendus savoirs issus de la psychanalyse lacanienne sur la transsexualité et le transgenre. Par une révision textuelle et intertextuelle, il s’agira de révéler les coordonnées ayant soutenu ces élucubrations, ainsi que la contre-trans*-férence qui en découle et dont les effets, désastreux pour les subjectivités trans, ont dépassé le champ freudien.

 

Bibliographie

ALBY, Jean-Marc. « Le trans-sexualisme ». Revue de Neuropsychiatrie Infantile et d’Hygiène. Mentale de l’Enfance, nº 1/2, Paris, 1959, pp. 52-62.
ALLOUCH, Jean ; « Accueillir les Gay and Lesbian Studies », L’Unebévue, n° 11, Paris, 1998, pp. 145-154.
————; « Couverts de honte », 23 novembre 2003. En ligne : < https://www.jeanallouch.com/document/211/2003-Couverts-de-honte>.
————; « Fragilités de l’analyse », Critique, « Où est passée la psychanalyse ? », n° 800-801, 2014, pp. 19-31. En ligne : < https://www.jeanallouch.com/document/266/2014-Fragilites-de-l-analyse >.
————; « Lacan et les minorités sexuelles », Cités, n° 16, 2003, pp. 71-78. En ligne : < https://www.jeanallouch.com/document/89/2003-Lacan-et-les-minorites-sexuelles >.
BOURCIER, Sam ; « Zap la psy : on a retrouvé la bite à Lacan », en Queer Zones. La trilogie, Éditions Amsterdam, Paris, 2021, pp. 429-446.
CALIFIA, Patrick. Le Mouvement transgenre : Changer de sexe. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Patrick Ythier. Paris : EPEL, coll. « Les grands classiques de l’érotologie moderne », 2003.
CASTEL, Pierre-Henri ; La Métamorphose impensable : essai sur le transsexualisme et l’identité personnelle, Gallimard, Paris, 2003.
LACAN, Jacques ; D’un discours qui ne serait pas du semblant (1970-1971), séance du 20 janvier 1971.
————; « D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose », Écrits, Éditions du Seuil, Paris, 1966, pp. 531-583.
————; …Ou pire (1971), séance du 08 décembre 1971.
————; « Présentation de M.H. ». 27 février 1976. En ligne : < https://www.valas.fr/IMG/pdf/8_j-_lacan_presentation_viii.pdf >.
MILLER, Jacques-Alain. « Docile au trans », La règle du jeu, n° 928, 22 avril 2021. En ligne : < https://laregledujeu.org/2021/04/22/37014/transsexuel-docile-au-trans/ >.
MILLOT, Catherine ; Horsexe : essai sur le transsexualisme, Point Hors Ligne, Paris, 1983.
PRECIADO, Paul B. ; Je suis le monstre qui vous parle : Rapport pour une académie de psychanalystes. Paris : Grasset, 2020.
SAFOUAN, Moustapha ; « Le transsexualisme », dans Études sur l’Œdipe : Introduction à une théorie du sujet. Paris : Seuil, 1974, pp. 137-160.
STOLLER, Robert J. ; Recherches sur l’identité sexuelle : à partir du transsexualisme, traduit de l’anglais par Jules et Marie-Thérèse Lapeyre-Bizac. Paris : Gallimard, 1978.
WARK, McKenzie ; “Queridos analistas cis”, tr. Adriana Villatoro, me cayó el veinte, nº 49 : ¿Ha dicho usted “transfobia”?, México : Editorial me cayó el veinte, 2025, pp. 13-20.

§

Plaidoyer pour une certaine in/humanité dégenérée.

Ou : Il n’y a pas de rapport sexuel parce qu’il n’y a pas du sexuel

Fernando Barrios

Quand j’avais quatre ans, je suis allé voir le Carnaval dans la ville, sur les rives d’une rivière noire, où j’habitais. Là, j’ai eu une révélation : sur un char, j’ai vu une femme qui m’est apparue imposante, comme un monstre beau et inquiétant. Quand j’ai interrogé mon père sur son identité, il m’a seulement répondu : « Je t’expliquerai plus tard. » J’avais été baptisé dans les eaux d’un éros transgenre, et ma tête ne serait plus jamais la même. [1]

Paul B. Preciado (2019), à l’occasion de son Intervention à la 49e Conférence de l’École de la Cause freudienne : Femmes en psychanalyse[2], vient nous interpeller : « le régime de différence sexuelle que vous connaissez et considérez comme universel et quasi métaphysique (…) n’est rien de plus qu’une épistémologie de l’être vivant, une cartographie anatomique, une économie politique du corps et une gestion collective de cette énergie reproductive ».[3]

Il semble se dessiner quelque chose, découlant de l’insistance de longue date de Jean Allouch[4] sur l’affirmation lacanienne « il n’y a pas de rapport sexuel » et l’effondrement de la binarité homme/femme.[5] Ceci, à mon sens, nous permettrait de dépasser la notion de castration et, probablement, celle de manque. La non-existence d’un rapport sexuel, au sens mathématique de l’écriture, radicalise l’impossibilité logique de la cis-hétérosexualité, jusqu’ici considérée comme obligatoire ou inéluctable. Cependant, il ne me paraît pas évident que la non-existence d’un rapport sexuel implique l’abandon de la différence sexuelle, qui résulte du système binaire sexe-genre. À moins de conclure qu’il n’y a pas de rapport sexuel parce qu’il n’y a pas du sexuel. À moins de cesser d’être réglés par la différence et l’être par le divers et le multiple.

Enfin, m’appuyant de plusieurs idées de Lacan[6], je propose la notion d’in/humain, issue d’un jeu entre le non-humain et l’humain ; il s’agirait du non-humain au sein de l’humain, appréhendant l’humain comme une construction datable historiquement et géopolitiquement en Occident, et en relation avec un humanisme spéciste qui cherche à se distancier de l’animal, dans une prétendue exceptionnalité aujourd’hui remise en question.

 

Notes de bas de page :

[1] Fernando Barrios, “Una genealogía posible del psicoanálisis degeneradx en mí. Siete pasos de un testimonio”, en De/generar psicoanálisis, Witz editor, 2023.

[2] Paul B. Preciado (2019), Intervention aux Journées Nº 49 de l’ École de la Cause freudienne: Femmes en psychanalyse, Paris, 17 novembre 2019

[3] Ibid., p. 4

[4] Jean Allouch, L’Autresexe, Ed. Epel, Paris, 2015.

[5] Jean Allouch, La psychanalyse : une érotologie de passage, Cahiers de l’Unebévue, Paris, EPEL, 1998.

[6] Jacques Lacan, “Discours de Tokio”, 1971. https://www.lacanterafreudiana.com.ar/2.5.1.18%20%20%20DISCURSO%20DE%20TOKIO,%201971.pdf

————, Seminario 9 La identificación, Versión Crítica, establecimiento del texto, traducción y notas: Ricardo E. Rodríguez Ponte, Escuela Freudiana de Buenos Aires, Clase del miércoles 29 de noviembre de 1961.

————, “El ser humano, que se llama así sin duda porque no es más que el humus del lenguaje, no tiene más que apalabrarse con este aparato”, El Seminario libro 17 El reverso del psicoanálisis, Trad. Enric Berenguer y Miquel Bassols. Paidós, Buenos Aires, p. 53.

————, Seminario 22 RSI, 1974/5, Versión Crítica, traducción y notas: Ricardo E. Rodríguez Ponte, Escuela Freudiana de Buenos Aires.

————, Seminario 11 Los cuatro conceptos fundamentales del psicoanálisis, 1964,Trad. Juan Luis Delmont-Mauri y Julieta Sucre Paidós, Buenos Aires, 2010.

————, Seminario 16 De un Otro al otro, Clase 23, del 11 de junio de 1969, Trad. Nora A. Gonzalez, Paidós, Buenos Aires, 2008.