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« AV C P R C »

Taller


Fecha próxima

27 junio 2026 - Paris

Atelier proposé par Verónica DIEZ et Karen FAR

Todas las fechas


  • 14 marzo 2026

    4 abril 2026

    9 mayo 2026

  • 27 junio 2026

    23 septiembre 2026

    3 octubre 2026

Argumento


« AV C P R C »

Atelier proposé par Verónica DIEZ et Karen FAR

 

 

Prochaines dates :

Le samedi 27 juin à 10h au local de l’ELP :

 

Un homme remonte le boulevard en sens inverse, mais, alors que le trottoir,
à sa hauteur, est large de cinq mètres, il frôle les murs et les portes cochères de l’épaule (…)
Il rase les façades au plus près, crayon d’un invisible et géant architecte dressant un relevé d’urbanisme.
Edouard Levé, Inédits, P.O.L.,2022

Se déplacer à l’aveugle en caressant les murs, en relevant trous et obstacles, c’est un jeu habituel dans l’enfance. Gaspard Turin écrit à propos des enfants, des clochards et des ‘fous’ : « Leurs déambulations semblent obéir à une logique solipsiste… cette manière d’arpenter la ville présente les attributs d’une activité artistique. » (Gaspard Turin « Flâneries urbaines », Cahier Georges Perec 16, Perec et ses lieux, éditions Les Venternieers, 2025, p. 235)

Dans la psychanalyse, le sujet du ‘déplacement’ a été abordé par Freud comme un des procédés de la production onirique. Le déplacement des intensités psychiques articule des décalages de sens dans la mise en forme de la figuration et des images des rêves. Concernant le mouvement inhérent au déplacement physique, dans le séminaire sur l’angoisse, Lacan crée une typologie différentielle dans l’axe des ‘mouvements’ et des affects, mettant en série : inhibition, émotion, émoi. On se rappelle l’importance des circuits de Vienne dans la vie quotidienne de Hans. D’ailleurs, on peut aussi évoquer les lignes d’erre des enfants de Cévennes, que Deligny nommait les ‘pérégrins’ (voire les ‘étrangers’). Ce qui se passe dans les rêves ainsi que dans la vie n’est pas uniquement du côté des images ou des signifiants mais aussi d’une tonalité affective (bien différente à celle du ‘tournant affectif’). Selon Georges Didi-Huberman en référence à Ludwing Binswanger : « Dans le Stimmung le monde n’est donc pas plus à l’extérieur que l’émotion serait à l’intérieur ». C’est bien le mouvement de l’un et de l’autre qui compte. L’ « espace thymique » s’enlace à l’ « espace esthétique » qui est celui « capable de donner forme- narrative ou poétique, picturale ou musicale, chorégraphique aussi bien – à tous ces mouvements de la Stimmung ». (G.D-H., Brouillards de peines et de désirs, Les éditions de Minuit, 2023, p. 259).

Gaspard Turin viendra nous parler des flâneries, des errances, des déplacements dans les travaux de Georges Perec, Edouard Levé et la dérive situationniste. Dans son article (déjà cité), il présente différentes manières d’aborder ces pratiques d’arpentage urbain en renouvelant la notion perecquienne de l’infra-ordinaire, sa portée ludique et surtout politique.

Nous savons que les déplacements ont été fréquents dans la vie et l’œuvre de Georges Perec. Dans sa vie, d’abord, il y a eu les ‘déplacements subis’ ou ‘forcés’ le concernant. Ensuite, dans son œuvre, il a réussi à activer des déplacements d’un ordre bien différent, autant dans les histoires qu’il raconte que dans la structure même de son écriture. On peut citer, dans cette voie, son premier roman Les choses, et aussi L’homme qui dort, Lieux, Tentative d’épuisement d’un lieu parisien, Espèce d’espace ou La vie mode d’emploi. Promenades, errances, détours, trajets mais aussi cartes, plans, grilles, portulans, carte blanche, échiquier, toutes sortes de représentations spatiales scandent les écrits de Perec. L’écrivain joue dans une certaine topographie, que l’on retrouve dans sa manière de construire les textes et dans sa façon de questionner ou déchiffrer la réalité.

Bouger, migrer, vagabonder, errer dans notre société sont des actions ‘suspectes’ et vite diagnostiquées d’indésirables. Le 27 juin sera l’occasion d’aller voir de plus près ce que Gaspard Turin, à partir d’un autre point de vue, nous amène sur ce sujet. Les trois axes qu’il relève dans l’œuvre de Perec : le ludique, l’esthétique et le politique seront ainsi mis en tension en croisant plusieurs perspectives, une d’elles, la perspective ‘éco-critique’. Selon lui : « l’infra-ordinaire comme projet est d’une part réactivé par des auteurs contemporains se réclamant parfois de Perec. D’autre part, cette notion rencontre aussi la pensée écologique actuelle telle que discutée par Timothy Morton ».

(Bibliographie proposée par G.T. : Georges Perec, « Approches de quoi? » dans L’infra-ordinaire, La librairie du XXe siècle, 1989/ Edouard Levé, Inédits, POL, 2022/ Levé, Autoportrait, POL, 2005. / Timothy Morton, La pensée écologique, Zulma, 2019/ Isabelle Stengers, Résister au désastre, WIldproject, 2019/ Bruno Latour, Habiter la terre, Les liens qui libèrent, 2022 et Où atterrir ?, La découverte, 2017/ Anna Lowenhaupt Tsing, Le champignon de la fin du monde, La Découverte, 2015/ Gilles Deleuze, Le Pli. Leibniz et le baroque, Minuit, 1988.)

§

Programme :

Le mercredi 23 septembre à 19h (!!) au local de l’ELP :
Maxime Decout sera notre invité. On discutera sur son article « Grandeur et misère d’une signification abymée », Revue Études littéraires vol 43,Québec, Université de Laval, 2013.

Le samedi 3 octobre à 10h au local de l’ELP
Nous accueillerons Monique Boudet, membre de Perecofil et de notre école. L’association Perecofil réunit de brodeuses de textes de Georges Perec. C’est un travail de lecture originale qui met en évidence les contraintes d’écriture.

 

§

 

Argument de l’atelier :

 

« Nul souvenir retrouvé de la rue Vilin. O bien, à l’instant, l’impression que je jouais dans la rue…»,

Georges Perec, « Lieux 71: Vilin, souvenirs 3 », Lieux, Paris, Seuil, 2022, p. 291.

 

« Ma seule tradition, ma seule mémoire, mon seul lieu est rhétorique=signe d’encrage (la différance, la diff(icile)errance, ici l’errance). »,

« Vilin souvenirs » de Georges Perec, publié par Philipe Lejeune, Genesis, n°1, 1992, p. 136.

 

Lors de la dernière réunion de l’école, nous parlions des broderies et à ce propos le nom de Georges Perec a été évoqué. Le souhait est ainsi venu de reprendre ce fil pour continuer à broder, tisser, jouer avec Perec. Nous imaginons, en tant que lectrices, un atelier-ouvroir de conversations et de perec-rinations[1] et nous pensons déjà à quelques invités (à confirmer).

Son écriture nous inspire pour son travail sur les espaces, les traces, l’oubli ainsi que pour sa stratégie ludique et oulipienne avec la langue. Jouer avec les mots implique déjouer le sens de tout ordre : psychologique, idéologique ou romanesque. Dans une époque où l’écriture blanche fascine, Perec pratique un autre type de littérature. Il se soustrait à l’épique et au pathos tragique mais sans pour autant se désengager du ‘réel’. Cette voix littéraire pose des questions qui nous intéressent : comment retisser une langue sans le moi psychologique mais sans devenir une écriture de l’indifférence ? Ou bien, comment formaliser le mode d’emploi sans exclure la vie ? À ce propos, le terme d’« æncrage », crée par B. Magné[2], prend ici toute sa valeur. Cette notion articule en un seul mot les « signes d’ancrage » (liés à l’histoire) et les « signes d’encrage » (liés à l’écriture). Perec serait sûrement d’accord avec l’idée allouchienne que « parler c’est déjà écrire ».

Aujourd’hui où la poussée à bannir les pratiques de la parole bat son plein, revenir sur ce pari de l’écrivain oulipien en faveur des ressources de la langue : l’ambigu, l’équivoque, le ludique, pourrait nous aider à respirer. Car ces ressources-là, comme le
dit Claude Burgelin[3], sont la vie même, ce que Jean Allouch[4] soulignait déjà à propos de cette vitalité qu’offre l’analyse et qui renoue avec celle de l’enfant affrontant ludiquement les épreuves de la vie.

 

Notes en bas de page :

[1] Perec-rinations qui pourraient bien évoquer certains tracés ‘delignéens’. Le texte de Gaspard Turin (figurant dans notre bibliographie) sur les cartes, les promenades, les errances de Perec ainsi que son intérêt pour l’infra-ordinaire seront sûrement autant de fils qui pourront aussi être tissés.
[2] Bernard Magné, Georges Perec, Paris, Editions Nathan, 1999.
[3] Claude Burgelin, Georges Perec, Paris, Gallimard, 2023, p. 159.
[4] Jean Allouch, Vitalité du neutre, neutralité du vital, Paris, Epel et la revue neutre, 2024, p. 69 (nous mettons le mot en italiques).

 

Fréquence et lieu :

L’atelier se réunira à 10h à partir du samedi 14 mars au local de l’école 212 av. de Maine, 75014, Paris. Code 224A7, interphone 46.

La suite toujours les samedis : le 4 avril, le 9 mai, le 27 juin, le 23 septembre, le 3 octobre.

Si vous voulez nous joindre, n’hésitez pas à venir avec vos propres fils, vos modes d’emploi, vos jeux de contraintes formelles et vos envies de lecture.

Contacts : [email protected], [email protected]

 

Bibliographie proposée :

Georges Perec : Lieux, Paris, Seuil, 2022 / La vie mode d’emploi, Paris, Fayard, 2010 / La disparition, Paris, Gallimard, Denoël, 1969/ Palindrome, Paris Denoël, 2019 / Cantatrix Sopranica L. et autres écrits scientifiques, Seuil, 1991 / La Boutique obscure, Paris, Denoël, 1973 / Un homme qui dort, Denoël, 1967 / 53 jours, Paris, Gallimard, 2022 / Perec/rinations, Paris, Éditions Zulma, 1997. 2014 / Penser/Classer, Paris, Seuil, 2003 / Espèce d’espaces, Paris, Seuil, 2022 / W ou le souvenir d’enfance, Paris, Denoël, 1975 / L. G. Une aventure des années soixante, Paris, Seuil, 1992 / Les choses, Paris, René Julliard, 1965 / Sur Georges Perec : Perecofil, Perec à points comptés, Paris, L’Œil ébloui 11/53, 2025 / Association Georges Perec, Les Cahiers Georges Perec (vol 1-16), Paris, Les Venternie’rs, 2025 / Claude Burgelin, Georges Perec, Paris, Gallimard, 2023 / Philippe Lejeune, La mémoire et l’oblique, Paris, P.O.L., 1991 / Bernard Magné, Georges Perec, Paris, Éditions Nathan, 1999 / Annelies Schulte Nordholt, Georges Perec et ses lieux de mémoire, Le projet de Lieux, Pays Bas, Leyde Brill, 2023 / Gaspard Turin, « Flanêries urbaines, 1970-2000. Une lecture comparée de Georges Perec et Édouard Levé », Perec et ses lieux. Modes d’emploi pour un projet inachevé. Cahiers Georges Perec 16, Éditions Les Venternie’rs, 2025 / Maxime Decout, « Grandeur et misère d’une signification abymée », Revue Études littéraires vol 43, Québec, Université de Laval, 2013 / Georges-Henri Melenotte, « Une graphème indécryptable de Georges Perec », Littoral n° 33 : Lettres silencieuses, Paris, Epel, 1991/ Dominique de Liège, « Écrire sous la contrainte », L’Unebévue n° 7 : Le défaut d’unitude, Paris, Unebévue éditeur, 1996 et « Perec, Pontalis : fin d’une ruse », Littoral n° 43 : oui, l’artiste, Paris, Epel, 1996.

 

Crédits de l’image 1 : L’image est une photo de l’enveloppe où Perec gardait ses souvenirs de la rue Vilin. (Extraite du site internet : Lieux de Perec)

Crédits de l’image 2 : Henri Cartier-Bresson, Valence (1933), Musée Reina Sofía.