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Fonction et champ de la parole et du langage… informatique

Journée


Prochaine date

12 Octobre 2024 - Paris

Journée proposée par Yann Diener

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  • 12 Octobre 2024

Argument


Fonction et champ de la parole et du langage… informatique

Une journée de travail proposée par l’École lacanienne de psychanalyse (ELP)

 

Samedi 12 octobre 2024, Hôpital Sainte-Anne, 1 rue Cabanis, Paris

Amphithéâtre Denicker

 

Entrée libre

 

Dans Malaise dans la civilisation, Freud dressait la liste des prothèses sur lesquelles nous comptons pour nous donner l’illusion d’améliorer nos capacités motrices et cognitives. « L’homme est devenu une sorte de Prothesengott, un dieu prothétique, vraiment grandiose quand il porte tous ses organes auxiliaires. » Freud précisait que ces prothèses nous gênent encore « parce qu’elles n’ont pas poussé avec notre corps », avant d’ajouter qu’en la matière nous ferions bientôt « des progrès considérables ». C’était en 1929.

Aujourd’hui, nous y sommes : après avoir augmenté notre corps, nous développons des prothèses langagières. Et ces langages informatiques poussent avec le corps de nos enfants 2.0.

Les seize dernières années de sa vie, souffrant d’un cancer qui lui rongeait la mâchoire, Freud devait porter une lourde prothèse, qu’il appelait son « monstre ». Censé l’aider à parler et à manger, cet appareil lui blessait la bouche, et bien souvent se bloquait, ce qui verrouillait sa mâchoire. Aujourd’hui, c’est à une foule de prothèses numériques que nous demandons de remplacer la parole par une communication efficace.

En février 1976, au cours du séminaire Le sinthome, après avoir parlé de l’homme aux paroles imposées, Lacan soutient que la parole est un placage : « La parole est la forme de cancer dont l’être humain est affligé. »

Alors nous formons cette hypothèse : si nous développons autant de machines à communiquer, comme les robots de conversation ou les traducteurs automatiques, c’est pour nous soigner de ce cancer qu’est la parole. Nous comptons sur ces prothèses high-tech pour nous débarrasser des équivoques, des malentendus et des embarras propres à la parole. Roman Jakobson disait que la langue devient un cadavre si elle est débarrassée de sa fonction poétique. Petits-enfants de Frankenstein, nous entraînons nos agents conversationnels à découper notre parole en petits bouts (les tokens), à partir desquels les chatbots peuvent construire des réponses adaptées, dans un langage commandé par des critères statistiques.

Au cours du séminaire « La mâchoire de Freud », tenu ces trois dernières années à l’ELP, nous avons posé cette question : quelle place reste-t-il à lalangue si nous parlons tous la même langue quotidienne informatisée ? Pour savoir selon quelles théories du langage ils écrivent les algorithmes qui simulent la parole humaine, nous avons établi un dialogue avec des linguistes computationnels, notamment avec un ingénieur qui travaille chez Google. En mettant les mains dans le cambouis des moteurs de Google et de ChatGPT, en découvrant de quoi précisément sont faites les IA conversationnelles, nous avons interrogé le statut de la métaphore et de l’oubli dans ces langages machines.

Par cette journée de travail réunissant des psychanalystes et des programmeurs d’IA, nous souhaitons continuer cette exploration.

 

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Matinée

9h – Yann Diener : « 1924-2024 : de la mâchoire de Freud à nos machines de langage »

10h – Clément Crépy : « Comment fait-on parler un robot de conversation ? »

11h – Jacques Jouet : « Frankenstein, Tarzan, Arlequin, et d’autres mythes d’apprentissage du langage »

Discutante : Émilie Berrebi

Après-midi

14h – Guy Le Gaufey : « La tâche de l’analyste : l’attention également flottante »

15h – Pierrick Leroy : « Structures attentionnelles du langage »

16h – Simone Wiener : « L’algorithme du Golem » (titre provisoire).

Discutant : Yan Pélissier

 

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Émilie Berrebi (ELP), Clément Crépy (Google Research), Yann Diener (ELP ; à paraître le 10 octobre : La mâchoire de Freud, chez Gallimard), Jacques Jouet (OuLiPo ; dernier ouvrage paru : Deux courts romans de dame, chez P.O.L), Guy Le Gaufey (ELP ; La règle de trois foucaldienne : une étude stylistique, chez EPEL), Pierrick Leroy (École polytechnique de Turin, en thèse sur « Geometric and topological methods for AI »), Yan Pélissier (ELP), Simone Wiener (association Encore ; Une psychanalyste en quête d’auteurs, éd. Campagne première).

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Crédits de l’image : Computer Decisions Magazine, vol. 15, 1983.